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Des pirates font chauffer les frigos d'Intermarché et de U

Actualités par Camille -  6 min - 42 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Des pirates détournent le dégivrage des frigos Danfoss pour les régler sur 50 °C.
  • Des centaines d'Intermarché et de Super U sont touchés, ainsi que des Leclerc.
  • Les produits exposés sont détruits et les pertes se chiffrent en millions d'euros.

Ce lundi 12 octobre, à l'heure de l'ouverture, des employés de supermarchés ont découvert des congélateurs tièdes et des bacs de surgelés ramollis. Dans la nuit de dimanche à lundi, des pirates ont pris la main sur les régulateurs du fabricant danois Danfoss. Ces boîtiers pilotent les installations frigorifiques d'un très grand nombre de magasins. Pendant des heures, des meubles prévus pour garder les glaces à -18 °C ont chauffé.

L'attaque, révélée par BFM Business, frappe deux réseaux en priorité, Intermarché et Super U : plusieurs centaines de magasins au total, dont environ 150 Intermarché. Des Leclerc et d'autres enseignes équipées du même matériel figurent aussi parmi les victimes. Pour une fois, les pirates ne visent ni les caisses ni les fichiers clients. Ils s'en prennent à ce qui conserve la nourriture, et c'est ce qui rend cette cyberattaque inédite en France.

Le dégivrage détourné pour faire monter la température

Pour comprendre comment un congélateur peut grimper vers 50 °C, il faut regarder la régulation d'une grande surface. Les vitrines, les chambres froides et les bacs à surgelés ne fonctionnent pas chacun dans leur coin. Ils obéissent à un boîtier central qui fixe les températures et programme l'entretien. C'est ce cerveau que les attaquants ont détourné.

Un thermostat central piloté à distance

Le dégivrage est une opération banale. Plusieurs fois par jour, le système réchauffe brièvement les équipements pour faire fondre le givre qui se dépose sur les évaporateurs. Selon BFM Business, les pirates ont déclenché cette fonction en continu, avec une consigne réglée sur 50 °C. Le boîtier est relié au réseau pour que les frigoristes surveillent les installations sans se déplacer. Cette porte d'entrée bien pratique est devenue une faiblesse.

Ce pilotage en ligne s'est généralisé avec la chasse aux économies d'énergie. Le froid pèse lourd dans la facture d'électricité d'un supermarché, et le suivi à distance permet de régler finement chaque meuble. Revers de la médaille : un équipement joignable depuis Internet devient une cible comme une autre.

Des glaces à 26 °C au petit matin

D'après une source du secteur citée par Clubic, une bouffée d'air chaud s'échappait des meubles à leur ouverture. Dans un magasin, le rayon des glaces affichait 26 °C lundi matin. Le chiffre de 50 °C correspond à la consigne envoyée par les pirates : tous les équipements ne sont pas montés aussi haut. Il suffit pourtant de quelques degrés au-dessus de la normale, pendant plusieurs heures, pour rendre un produit impropre à la vente.

Tout dépend de l'heure à laquelle l'attaque a frappé chaque site. Là où les consignes ont basculé vers minuit, toute la marchandise est perdue. Les magasins touchés plus tard ont parfois pu sauver une partie de leurs stocks, à condition que les équipes repèrent vite l'anomalie.

Piratage des frigos de nombreux supermarchés

Intermarché, U et Leclerc font le compte des dégâts

Lundi, les enseignes ont ouvert des cellules de crise. Les frigoristes enchaînent les interventions pour remettre les installations en marche. Une réunion rassemble aussi Danfoss, le spécialiste du génie climatique Axima et d'autres professionnels du secteur. Personne n'a revendiqué l'attaque, et ses motivations restent inconnues.

À Haguenau, des centaines de milliers d'euros à la benne

L'Alsace donne une idée de l'ampleur de la casse. À Haguenau, l'Intermarché aurait perdu la totalité de ses surgelés, soit environ 50 000 euros de marchandise. Le Leclerc de la même ville aurait dû se séparer de ses produits frais, pour une perte estimée à 220 000 euros. Dans la Manche, au moins six Intermarché sont touchés selon actu.fr. À l'échelle du pays, la note pourrait atteindre plusieurs millions d'euros.

Des patrons de magasin en première ligne

Intermarché et U partagent une particularité : chaque magasin appartient à un commerçant indépendant, adhérent du groupement. Ce sont donc d'abord ces chefs d'entreprise qui encaissent la perte, avant de savoir qui la prendra en charge. Dans une note à son réseau, Intermarché confirme une attaque visant Danfoss et promet de traiter en priorité les commandes exceptionnelles pour regarnir les rayons.

Du côté de Coopérative U, le ton est sévère. Sur X, son président Dominique Schelcher confirme que plusieurs magasins du réseau sont touchés depuis la nuit. Il juge inacceptable une attaque contre des équipements essentiels à la conservation des produits frais et à l'approvisionnement alimentaire. En interne, le groupement reconnaît que, dans les pires cas, tout le rayon frais a fini à la poubelle.

Danfoss se retrouve au centre de l'enquête

Le groupe danois est l'un des grands noms mondiaux du froid commercial, et ses régulateurs équipent une large part des grandes surfaces françaises. Cette présence massive pourrait expliquer pourquoi autant d'enseignes sont tombées la même nuit. Pour l'instant, ni le constructeur ni les distributeurs n'ont expliqué par où les pirates sont entrés.

Des failles connues depuis plusieurs années

D'après BFM Business, les attaquants ont visé des éditions anciennes du logiciel de régulation, antérieures à la version 4. Ces contrôleurs avaient déjà fait parler d'eux. Les chercheurs de Team82, chez l'éditeur de cybersécurité Claroty, ont documenté des vulnérabilités sur plusieurs modèles, dont l'AK-SM 800A. Le fabricant a publié un correctif depuis, encore faut-il que chaque magasin l'ait installé.

Le risque n'avait rien de théorique. Selon le site Cyberattaque.org, une note technique de Danfoss publiée en octobre 2025 évoquait déjà 16 supermarchés russes équipés de ces boîtiers et attaqués en 2022. Rien ne prouve, à ce stade, que les mêmes brèches ont servi cette nuit en France.

Côté clients, quelques rayons vides et de bons réflexes

Pour les consommateurs, la conséquence visible reste des rayons de frais clairsemés, le temps que les livraisons exceptionnelles arrivent. Les articles exposés à la chaleur sont détruits par les magasins et ne repartent pas en vente. Un surgelé qui a décongelé ne se recongèle jamais : c'est la règle de base de la chaîne du froid.

Un client qui trouve dans son caddie un bac de glace mou ou un paquet couvert de cristaux de givre a raison de le signaler en caisse. Les enseignes promettent un retour à la normale au fil des réparations, un point de vente après l'autre.

Prompt pour créer une image dans ChatGPT

J'ai besoin d'une illustration réaliste au format paysage. La scène se passe au petit matin dans un supermarché Intermarché encore fermé. Une cheffe de rayon de 55 ans aux cheveux gris coupés court vide un congélateur ouvert. Elle porte un polo rouge Intermarché sous un gilet polaire noir. Les pots de glace Carte d'Or ont fondu et coulent sur les étagères. Sur la vitrine, l'afficheur numérique de température indique 26 °C. Derrière elle, un frigoriste de 30 ans en combinaison bleue, mallette à outils à la main, examine un boîtier de régulation Danfoss fixé au mur. Les néons diffusent une lumière blanche sur des rayons à moitié vides et deux chariots remplis de produits à jeter.