- Les grues cendrées quittent l'Europe du Nord et traversent la France vers l'Espagne.
- Le lac du Der, en Champagne, accueille leur plus grande halte, avec un pic autour de la Toussaint.
- L'aube et le coucher du soleil offrent les meilleurs moments pour les observer.
Un cri lointain, comme une trompette éraillée, puis un grand V qui se dessine dans le ciel. Si vous l'entendez ces prochaines semaines, levez la tête : les grues cendrées sont de retour. Comme chaque automne, elles traversent la France par centaines de milliers pour rejoindre leurs quartiers d'hiver.
Le mouvement commence à peine. Le 7 octobre, la Ligue pour la protection des oiseaux comptait une centaine de spécimens sur le lac du Der et les premiers groupes dans l'Aube. Plus au nord, en Allemagne, plus de 12 000 grues attendaient déjà le bon vent pour reprendre la route. Le grand passage s'annonce pour les prochaines semaines.
Un voyage de plusieurs milliers de kilomètres
La grue cendrée compte parmi les plus grands oiseaux d'Europe. Debout, elle approche 1,20 m, et ses ailes déployées dépassent les deux mètres. Son plumage gris, sa tête noire et blanche et sa petite calotte rouge la rendent facile à reconnaître. Chaque année, elle effectue un aller-retour impressionnant entre le nord et le sud du continent.
De la Scandinavie à l'Espagne
Les grues nichent l'été dans les marais et les tourbières de Scandinavie, des pays baltes et de Russie. À l'automne, elles se regroupent en Suède et dans le nord de l'Allemagne avant de descendre vers le sud. La plupart passent l'hiver en Espagne, dans les grandes plaines plantées de chênes de l'Estrémadure. D'autres poussent jusqu'en Afrique du Nord.
Leur route traverse la France en diagonale, du nord-est vers le sud-ouest. Elles survolent la Lorraine, la Champagne, la Bourgogne et le Centre avant de rejoindre les Landes. Ce couloir aérien est l'un des plus fréquentés d'Europe, au point que l'on peut apercevoir des vols de grues bien loin des lieux d'observation connus.

Pourquoi volent-elles en V ?
La formation en V n'a rien d'un hasard. Chaque oiseau profite des remous d'air créés par celui qui le précède, ce qui réduit son effort. La grue de tête, la plus exposée, cède régulièrement sa place. Le groupe peut ainsi parcourir plusieurs centaines de kilomètres dans la journée.
Les grues volent aussi en criant. Ces appels puissants, audibles de très loin, servent à garder le contact entre les oiseaux, surtout quand la visibilité baisse. C'est souvent ce son, bien plus que la silhouette, qui trahit leur passage au-dessus des villes et des campagnes.
Le lac du Der, grande halte de la migration
Les grues ne volent pas d'une traite jusqu'à l'Espagne. Elles ont besoin d'étapes pour se reposer et reprendre des forces. En France, le lac du Der-Chantecoq, à cheval sur la Marne et la Haute-Marne, est devenu leur escale préférée. Ce plan d'eau artificiel de près de 5 000 hectares offre tout ce qu'elles recherchent.
Un dortoir sur l'eau et des champs à proximité
Le lac a été créé en 1974 pour protéger la région parisienne des crues de la Seine. Sans le vouloir, ses concepteurs ont offert aux grues un refuge idéal. La nuit, elles se posent sur les bancs de sable et les hauts-fonds, à l'abri des renards. Le jour, elles se dispersent dans les champs alentour, parfois jusqu'à 30 kilomètres, pour se nourrir de grains restés au sol après la moisson.
Avec le climat qui se radoucit, certaines ne repartent même plus vers le sud. Selon la Ligue pour la protection des oiseaux, jusqu'à 30 000 grues passent désormais l'hiver autour du lac. Les bénévoles de l'association les comptent chaque dimanche, de la mi-octobre à la mi-mars.
[Image : envol de milliers de grues cendrées au lever du soleil au-dessus du lac du Der]
La fête de la grue pendant la Toussaint
Le passage des grues est devenu un événement touristique. À partir du 17 octobre 2026, pendant les vacances de la Toussaint, se tient la Fête de la grue et de la migration. Au programme : des sorties au lever et au coucher du soleil avec des guides ornithologues, des expositions photographiques et des balades en train touristique autour du lac.
Le pic de fréquentation tombe généralement autour de la Toussaint, entre la fin octobre et la mi-novembre. Des dizaines de milliers d'oiseaux peuvent alors se trouver en même temps sur le lac. Le spectacle de leur départ au petit matin reste l'un des plus beaux d'Europe.
Bien observer les grues sans les déranger
Pas besoin d'être ornithologue pour profiter du spectacle. Quelques règles simples permettent de bien voir les oiseaux tout en respectant leur repos. Les grues sont une espèce protégée en France, et elles dépensent beaucoup d'énergie pendant leur voyage. Chaque envol provoqué par un promeneur trop curieux leur coûte des forces précieuses.
Choisir le bon moment
La journée d'une grue suit le soleil. À l'aube, elles quittent le lac en grands vols bruyants pour rejoindre les champs. En fin d'après-midi, elles reviennent par vagues successives jusqu'à la tombée de la nuit. Entre les deux, le lac paraît presque désert.
Le retour du soir est le plus facile à observer, sans se lever aux aurores. Prévoyez d'arriver 60 minutes avant le coucher du soleil pour vous installer. Attention au passage à l'heure d'hiver le 25 octobre : le rendez-vous arrive alors plus tôt à la montre.
Les bons gestes sur place
Restez sur les digues et les observatoires aménagés, sans chercher à vous approcher des groupes posés dans les champs. Une paire de jumelles suffit pour profiter des détails. Le silence est de rigueur, et les drones sont à proscrire. Pensez aussi à vous couvrir : le vent souffle fort sur les digues à la tombée du jour.
Le lac du Der n'est pas le seul site. Les étangs de l'Aube, le lac de Lachaussée en Lorraine ou la réserve d'Arjuzanx dans les Landes accueillent aussi de beaux rassemblements. Et partout ailleurs, il suffit parfois de lever les yeux au bon moment pour voir passer ces grandes voyageuses.