- La chouette chevêche décline fortement, faute de cavités pour nicher dans les fermes rénovées.
- En Catalogne, des naturalistes ont créé une tuile en terre cuite qui sert de nid sur les toits.
- Chacun peut l'aider en gardant vieux arbres et murs, et en bannissant la mort-aux-rats.
Sur certains toits de la campagne catalane, une tuile ne ressemble pas tout à fait aux autres. Percée d'une petite ouverture ronde, elle abrite une locataire aussi discrète qu'attachante : la chouette chevêche. Cette tuile-nid, imaginée par un groupe de naturalistes, vise à réparer un problème que personne n'avait vu venir.
Car en rénovant les vieilles fermes, on a supprimé sans le savoir les recoins où ce petit rapace élevait sa nichée. La tuile-nid lui rend un logement directement dans le toit, sans rien changer à l'allure de la maison. Une idée simple, peu coûteuse, et qui commence à faire parler d'elle bien au-delà de la Catalogne.
La chevêche, petite chouette des fermes
La chevêche d'Athéna doit son nom à la déesse grecque de la sagesse, dont elle était le symbole. Elle mesure à peine plus de 20 centimètres pour environ 200 grammes, avec une tête ronde et de grands yeux jaunes qui lui donnent un air sévère. Elle vit dans les campagnes ouvertes, entre champs, vergers et vieilles bâtisses, et c'est justement là que les ennuis commencent.
Une chouette qui vit aussi le jour
Contrairement à la plupart des rapaces nocturnes, la chevêche se montre volontiers en journée, perchée sur un piquet de clôture ou un rebord de toit. Elle se nourrit d'insectes, de vers, de petits rongeurs, de lézards ou de grenouilles, ce qui en fait une précieuse alliée des agriculteurs. La femelle pond trois à cinq œufs, couvés près d'un mois, et les jeunes prennent leur envol une trentaine de jours après l'éclosion.
Un déclin brutal en vingt ans
Selon les programmes de suivi espagnols, la chevêche aurait perdu la moitié de sa population en Espagne en seulement vingt ans. En Catalogne, les recensements récents confirment une forte baisse, et la région la considère désormais comme une espèce vulnérable. En France aussi, elle a disparu de nombreux secteurs où elle était autrefois commune, et elle fait partie des oiseaux protégés par la loi.

La rénovation des fermes, un piège involontaire
Le paradoxe est cruel. Ce sont souvent les propriétaires les plus soucieux de leur patrimoine qui, sans le vouloir, chassent la chevêche de chez eux. En restaurant une toiture ou en rebouchant un vieux mur, ils font disparaître les cavités dont elle a besoin pour nicher. Et ce n'est pas la seule menace qui pèse sur elle.
Des cavités qui disparaissent
La chevêche ne construit pas de nid : elle s'installe dans un trou déjà existant. Autrefois, elle avait l'embarras du choix entre les tuiles déplacées des vieilles fermes, les murs de pierre sèche et les troncs creux des oliviers ou des caroubiers. Chaque toit refait à neuf, chaque mas muré et chaque vieil arbre abattu lui retire un logement possible. Les naturalistes catalans considèrent ce manque de nids comme l'une des causes principales de son déclin.
Routes, poisons et prédateurs
S'y ajoutent les collisions avec les voitures, les électrocutions sur les lignes électriques et les rongeurs empoisonnés par la mort-aux-rats, que la chouette avale à son tour. Même le retour de la forêt joue contre elle : il favorise la chouette hulotte, plus grande, qui n'hésite pas à s'en prendre à sa petite cousine.
La tuile-nid, une idée née en Osona
C'est au nord de Barcelone, dans une comarque rurale, que l'idée a pris forme. Le Groupe de naturalistes d'Osona a conçu un modèle de tuile qui s'intègre à la toiture d'une ferme, d'une grange ou d'un hangar à paille. Le projet a vite intéressé les architectes et les maçons spécialisés dans la restauration des maisons de campagne.
Un nid caché dans le toit
Vue d'en bas, la tuile se fond dans le reste de la couverture. Seule une petite ouverture trahit sa fonction : elle donne accès à une cavité où la chevêche peut s'abriter et élever sa couvée, au sec et à l'écart des prédateurs. Récompensée par un prix de 3 000 euros lors du Delta Birding Festival, l'initiative a permis de fabriquer davantage de tuiles, proposées aux particuliers et aux agriculteurs qui veulent en installer.
Orientée au nord et suivie de près
Encore faut-il bien la poser. Les naturalistes recommandent de la placer en zone agricole, sur un pan de toit orienté au nord, pour éviter que la chaleur du soleil ne transforme le nid en four et ne déshydrate l'oiseau. Ils accompagnent aussi les propriétaires pour l'installation, puis pour suivre l'occupation de la tuile au fil des saisons, ce qui permet de mesurer l'efficacité du dispositif.
Accueillir la chevêche chez soi
Pas besoin d'habiter en Catalogne pour donner un coup de main à cette petite chouette. Les associations naturalistes, comme la Ligue pour la protection des oiseaux en France, proposent des nichoirs adaptés et des conseils pour les installer. Mais quelques gestes simples comptent tout autant, surtout à la campagne.
Garder les vieux arbres et les murs
Un vieil arbre creux, un mur de pierre sèche ou un amas de cailloux valent souvent mieux qu'un nichoir flambant neuf. Avant de rénover une grange ou de reboucher un mur, il est utile de vérifier qu'aucune chouette n'y a élu domicile, et de prévoir si possible une cavité de remplacement. Les haies et les prairies proches lui offrent de leur côté de quoi se nourrir.
Bannir la mort-aux-rats
Enfin, le geste le plus efficace reste peut-être de renoncer aux raticides. Un rongeur empoisonné devient un repas mortel pour la chevêche. Laisser faire la chouette, c'est s'offrir une dératisation naturelle, silencieuse et gratuite. Et avoir, en prime, le plaisir de croiser son regard jaune au détour d'une promenade.