- Le lapin n'est pas un rongeur mais un lagomorphe, comme le lièvre.
- Il vit de 8 à 12 ans et supporte mal de rester seul.
- Le foin à volonté use ses dents, qui poussent toute sa vie.
On l'imagine volontiers dans une petite cage, au fond d'une chambre d'enfant, avec une gamelle de granulés et une carotte. Cette image a la vie dure. Elle colle pourtant très mal à la réalité. Le lapin de compagnie vit longtemps, il a besoin de ses semblables et il communique en permanence avec son corps.
Beaucoup de familles le découvrent après l'adoption. La petite boule de poils qui devait rester sage se met à creuser le canapé, à tambouriner du pied la nuit ou à bouder pendant 2 jours. Rien de tout cela n'est un caprice. Il reste un animal de proie, et presque chacun de ses comportements s'explique par là. S'il est si mal connu, c'est qu'on le prend pour un petit rongeur solitaire, alors qu'il s'agit d'un lagomorphe sociable qui vit de 8 à 12 ans selon le ministère de l'Agriculture.
Un animal social qui supporte mal la solitude
Dans la nature, le lapin de garenne vit en colonie, dans un réseau de terriers partagé avec des dizaines de congénères. Le lapin domestique descend directement de cette espèce sauvage. Il en a gardé l'instinct de groupe. Seul dans un clapier, il s'ennuie, prend du poids et finit parfois par se replier sur lui-même.
Pas un rongeur, mais un lagomorphe
On le range souvent à côté du hamster et du cochon d'Inde. Les zoologistes le classent pourtant dans un ordre à part, celui des lagomorphes, avec le lièvre et le pika. La différence se voit dans sa bouche. Derrière ses 2 grandes incisives du haut se cachent 2 petites dents supplémentaires, absentes chez les rongeurs. Sa dentition complète en compte 28.
Cette distinction n'a rien d'un détail de spécialiste. Ses besoins alimentaires, ses soins dentaires et même ses maladies diffèrent de ceux des rongeurs. Un vétérinaire habitué aux nouveaux animaux de compagnie, les NAC, saura en tenir compte.
Vivre à deux, à condition de stériliser
Un humain, même très présent, ne remplace pas un compagnon de son espèce. Les deux animaux se toilettent, dorment collés l'un contre l'autre et se rassurent mutuellement. Le duo le plus simple à former associe un mâle et une femelle. Encore faut-il les opérer tous les deux.
L'intervention évite les portées à répétition, puisqu'une lapine peut être fécondée de nouveau quelques heures après avoir mis bas. Elle calme aussi les marquages d'urine et les bagarres. Chez la femelle, la stérilisation protège surtout du cancer de l'utérus, fréquent avec l'âge. Les vétérinaires conseillent de la faire tôt, avant 2 ans.

Des dents et une digestion qui ne pardonnent pas
Le lapin est un herbivore strict. Son organisme est conçu pour tirer parti d'une herbe pauvre, mâchée pendant des heures. Les granulés colorés et les friandises sucrées vendus en animalerie lui conviennent mal. Une ration trop riche se paie vite, à la fois par la bouche et par l'intestin.
Des dents qui poussent toute sa vie
Chez lui, la croissance dentaire ne s'arrête jamais. Selon les Archives suisses de médecine vétérinaire, ses incisives supérieures s'allongent d'environ 2 mm par semaine. Seule une mastication longue et régulière les use correctement.
C'est tout le rôle du foin, disponible à volonté, jour et nuit. Le certificat d'engagement du ministère de l'Agriculture le rappelle : il forme la majeure partie de l'alimentation. Quand il manque, l'émail s'use mal, les dents se déforment et blessent les joues ou la langue. Un lapin qui bave, trie sa nourriture ou cesse de manger doit voir un vétérinaire sans attendre.
Les crottes molles qu'il remange
Les propriétaires le remarquent parfois avec un léger dégoût : l'animal avale une partie de ses excréments. Il ne s'agit pas des petites billes sèches qui jonchent la litière. Ce sont des crottes molles et luisantes, appelées cæcotrophes, qu'il prélève directement à la sortie de l'anus, le plus souvent la nuit ou tôt le matin.
Ce geste est indispensable. Les cæcotrophes sont fabriqués dans le cæcum par des bactéries qui fermentent les fibres. Ils apportent des protéines et des vitamines du groupe B que l'organisme ne pourrait pas assimiler autrement. Des cæcotrophes oubliés dans la cage trahissent souvent un menu trop riche.
Un langage corporel à décrypter
Il ne miaule pas et n'aboie pas. Il s'exprime presque sans un bruit, avec ses oreilles, ses pattes et sa posture. Pour une proie, rester discret est une question de survie. Ses humeurs se lisent donc dans ses gestes, à condition de prendre le temps de l'observer.
Saut de joie, coup de patte et grincement de dents
Le signe de bonheur le plus spectaculaire est un bond soudain, avec une torsion du corps en plein vol. Les passionnés l'appellent le binky. Il survient souvent en fin de journée, au moment où le lapin est le plus actif. Étendu sur le flanc, les pattes arrière allongées, il montre au contraire qu'il se sent en totale sécurité.
À l'opposé, un coup sec de la patte arrière sur le sol sert d'alarme. Dans un terrier, ce tambourinement prévient toute la colonie d'un danger. À la maison, un bruit inhabituel ou l'odeur d'un chat suffit à le déclencher. Le grincement demande plus d'attention. Doux et léger, il traduit le contentement. Fort, avec le dos voûté, il signale une douleur.
8 à 12 ans de vie, un engagement sur la durée
Selon le ministère de l'Agriculture, un lapin de compagnie vit en moyenne de 8 à 12 ans, d'après sa race et ses conditions de vie. C'est autant qu'un grand chien. L'enfant qui le reçoit pour son anniversaire sera parfois parti étudier loin de chez lui quand son compagnon deviendra vieux.
Le législateur a pris en compte ce risque d'achat impulsif. Depuis la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale, l'acquéreur d'un lapin de compagnie signe un certificat d'engagement et de connaissance. Un délai de 7 jours doit séparer cette signature de l'arrivée du nouveau venu. Cette semaine de réflexion laisse le temps de vérifier que la famille est prête à accueillir un compagnon exigeant, mais terriblement attachant.