- Sébastien Lecornu envisage de baisser l'indemnité des ministres dans le budget 2027.
- Ce serait la première baisse de ce type depuis 2012, sous François Hollande.
- Aucun montant ni calendrier n'est encore arrêté : la mesure reste à l'étude.
Le locataire de Matignon, Sébastien Lecornu, envisage de réduire l'indemnité des membres de son gouvernement, ainsi que celle des conseillers des cabinets ministériels, dans le cadre de la préparation du budget 2027. L'information, révélée par Le Figaro puis confirmée par plusieurs médias auprès de ses services, ferait de cette mesure la première baisse de ce type depuis 2012, au début du mandat de François Hollande.
Une mesure encore à l'étude
Selon l'entourage de Sébastien Lecornu, des membres du gouvernement ont déjà été sondés sur cette piste. Aucun montant précis ni calendrier d'application n'a toutefois été arrêté à ce stade. Il s'agit d'une option étudiée parmi les arbitrages du projet de loi de finances pour 2027, dont la présentation à l'Assemblée nationale est attendue le 30 septembre 2026.
Interrogée sur RMC, la ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, a indiqué : « Si un arbitrage est pris, on s'y conformera évidemment toutes et tous. »
Combien touchent les ministres aujourd'hui
Un ministre de plein exercice perçoit actuellement une rémunération brute mensuelle de 10 700 €, contre 10 200 € pour un secrétaire d'État. Gabriel Attal, ancien chef du gouvernement, a pour sa part évoqué un montant plus proche de 9 000 € par mois. L'écart s'explique probablement par des méthodes de calcul différentes entre rémunération brute et nette, primes incluses ou non.

En additionnant les indemnités des 36 ministres qui composent l'équipe gouvernementale, délégués compris, la facture annuelle brute atteint environ 4,6 millions d'euros, hors charges patronales et cotisations sociales.
Une portée avant tout symbolique
Des responsables politiques reconnaissent d'emblée les limites de la mesure. Gabriel Attal, aujourd'hui chef des députés Renaissance à l'Assemblée nationale, a jugé que cette baisse ne réduirait ni le déficit ni la dette. Il se dit pourtant favorable à un geste qu'il considère porteur de sens en période d'efforts demandés aux Français.
Ce n'est pas la première fois que Sébastien Lecornu emprunte cette voie. En septembre 2025, deux semaines seulement après son arrivée à Matignon, il avait déjà obtenu la fin des avantages à vie accordés aux anciens Premiers ministres. Cette dépense s'élevait à 1,58 million d'euros en 2024, selon Bercy. Là aussi, la mesure avait été présentée comme plus symbolique qu'utile à la réduction des dépenses publiques.
La dernière baisse remonte à 2012, sous Hollande
Si elle se confirme, cette mesure serait la première diminution de l'indemnité des ministres depuis 2012. À l'époque, François Hollande avait fait de la baisse de 30 % des rémunérations du président de la République et du gouvernement sa toute première décision après son élection. La rémunération brute d'un ministre était passée de 14 200 à 9 940 €, celle d'un secrétaire d'État de 13 490 à 9 443 €. Le Conseil constitutionnel avait dans un premier temps censuré cette disposition pour un motif de procédure, avant qu'un décret publié le 24 août 2012 ne la rende effective. Depuis, la rémunération des ministres n'a fait qu'augmenter progressivement, sous l'effet des revalorisations successives du point d'indice.
D'autres responsables avaient, à l'époque, proposé des pistes voisines. Le centriste Jean-Louis Borloo appelait à une baisse exceptionnelle de 5 % des rémunérations des parlementaires et du gouvernement pendant trois ans. François Bayrou réclamait, lui, une réduction du train de vie de l'exécutif.
Un budget préparé dans un climat tendu
Cette annonce intervient dans un contexte budgétaire et politique très sensible. Le 22 août 2026, Sébastien Lecornu avait adressé une lettre de quatre pages aux députés et sénateurs, insistant sur la nécessité d'adopter un budget pour 2027 avant l'élection présidentielle. Attendre le scrutin pour voter ce texte, écrivait-il, reviendrait à choisir le désordre institutionnel. Il y mettait aussi en garde contre toute tentation de contourner le débat parlementaire par un recours à l'article 49.3 ou à des ordonnances.
Un baromètre CSA pour le JDD publié fin août souligne l'ampleur du défi. Emmanuel Macron y perd sept points de popularité sur la période étudiée, et Sébastien Lecornu cinq, dans un climat marqué par le ressentiment des Français après un été économiquement difficile. De son côté, Éric Ciotti, à la tête de l'UDR, exhorte le Premier ministre à présenter un budget sans nouvel impôt, assorti de plusieurs milliards d'euros d'économies supplémentaires.
Cette piste intervient aussi peu après une autre polémique budgétaire, née d'une réflexion gouvernementale sur une possible réduction des avantages fiscaux de l'épargne salariale, un sujet qui avait suscité de vives critiques. La mesure sur l'indemnité des ministres apparaît donc comme une nouvelle tentative de Matignon de démontrer que l'effort demandé aux Français ne pèse pas uniquement sur les ménages.
Une baisse aussi évoquée pour les parlementaires
Une réduction d'environ 10 % de l'indemnité des députés et sénateurs serait aussi évoquée. Mais contrairement aux ministres, cette décision ne dépend pas de l'exécutif : elle relèverait d'une initiative propre au Parlement, seul habilité à fixer les indemnités de ses membres. Gabriel Attal a de son côté proposé une piste différente pour dégager des économies, celle d'une réduction du nombre de parlementaires.