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Attrape-t-on vraiment froid quand il fait froid ?

Santé par Camille -  5 min - 54 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Le rhume vient toujours d'un virus, jamais du froid à lui seul.
  • Un nez refroidi de 5 degrés perd près de la moitié de ses défenses contre les virus.
  • Air sec, pièces fermées et promiscuité font le reste pendant l'hiver.

« Mets ton bonnet, tu vas attraper froid ! » Qui n'a jamais entendu cette phrase en sortant de la maison un matin d'hiver ? On l'a tous répétée à nos enfants, à notre tour. Et quand le nez se met à couler deux jours plus tard, la cause semble entendue. Pourtant, les médecins répètent depuis des années que le rhume est une affaire de virus, pas de température.

Alors, qui a raison ? Les deux, en partie. Des études récentes montrent que le froid ne rend pas malade à lui seul, mais qu'il donne un sérieux coup de pouce aux virus. Voici ce que l'on sait vraiment.

Le froid seul ne donne pas le rhume

Commençons par le point qui fait consensus. Un rhume est une infection, qui demande forcément un agent infectieux. Rester une heure dehors en tee-shirt sans croiser le moindre virus ne vous enrhumera pas. À l'inverse, on peut très bien tomber malade au mois d'août, après un barbecue entre amis. Le froid ne crée rien. Il agit ailleurs, et c'est ce qui rend la question plus subtile qu'elle n'en a l'air.

Sans virus, pas de rhume

Plus de deux cents virus différents peuvent provoquer un rhume. Les rhinovirus sont les plus fréquents, loin devant certains coronavirus saisonniers et d'autres familles moins connues. Ils se transmettent par les gouttelettes émises quand on parle, tousse ou éternue, mais aussi par les mains. Une poignée de porte, une barre de bus ou un clavier partagé suffisent.

C'est ce qui explique les explorateurs polaires, souvent cités en exemple. Isolés pendant des semaines dans un froid extrême, ils attrapent rarement des rhumes. Faute de contact avec d'autres personnes, les virus ne circulent tout simplement pas.

Une grand-mère qui couvre son petit-fils

D'où vient la croyance de nos grands-mères ?

L'idée vient d'une observation juste : les rhumes, les angines et la grippe reviennent chaque année quand les températures baissent. Le lien entre les deux saute aux yeux, au point que la langue française parle de prendre froid pour dire tomber malade. Les Anglais ont fait pire en baptisant le rhume a cold, littéralement un froid.

Nos grands-mères avaient bien remarqué quelque chose de réel. Elles se trompaient seulement sur le mécanisme. Le froid ne transmet pas la maladie, il affaiblit nos défenses au moment précis où les virus circulent le plus.

Pourquoi le froid aide quand même les virus ?

Pendant longtemps, l'explication la plus courante tenait au mode de vie. En hiver, on reste à l'intérieur, fenêtres fermées, et les microbes passent facilement d'une personne à l'autre. C'est vrai, mais incomplet. Plusieurs équipes de chercheurs ont montré que la température agit aussi directement sur notre corps, en commençant par le nez, première porte d'entrée des virus respiratoires.

Un nez froid se défend moins bien

En 2022, une équipe de la Mass Eye and Ear, à Boston, a publié une étude dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology. Quand le nez détecte un intrus, ses cellules libèrent des milliards de minuscules vésicules dans le mucus. Elles s'agglutinent autour des virus pour les neutraliser avant qu'ils ne pénètrent plus loin.

Les chercheurs ont fait passer des volontaires d'une pièce chauffée à un air à 4,4 °C pendant quinze minutes. L'intérieur de leur nez a perdu environ 5 degrés. En laboratoire, cette baisse a suffi à réduire de près de 42 % la quantité de vésicules libérées, et leurs capacités antivirales étaient elles aussi diminuées. Une étude de l'université Yale avait déjà montré en 2015 que les rhinovirus se multiplient plus facilement dans une narine refroidie qu'à l'intérieur du corps, plus chaud.

Les pieds froids, une vraie expérience

En 2005, des chercheurs de l'université de Cardiff, au pays de Galles, ont tenté une expérience étonnante. Ils ont demandé à 90 volontaires de garder les pieds dans une bassine d'eau froide pendant vingt minutes. Un second groupe les plaçait dans un récipient vide.

Dans les jours suivants, 29 % des volontaires aux pieds mouillés ont développé des symptômes de rhume, contre 9 % dans l'autre groupe. L'explication avancée : le refroidissement resserre les vaisseaux sanguins du nez, ce qui y réduit l'arrivée des défenses immunitaires. Un virus déjà présent, jusque-là contenu, peut alors prendre le dessus.

L'hiver, une saison idéale pour les virus

Le froid n'agit jamais seul. L'hiver réunit plusieurs conditions qui, mises bout à bout, favorisent la circulation des virus respiratoires. Certaines tiennent à l'air que l'on respire, d'autres à nos habitudes. Connaître ces mécanismes permet de comprendre quels gestes protègent vraiment, et lesquels relèvent surtout de la tradition familiale.

Air sec et pièces fermées

L'air hivernal contient peu d'humidité, et le chauffage l'assèche encore davantage à l'intérieur. Or les muqueuses du nez doivent rester humides pour piéger les particules et les évacuer. Une étude menée en 2007 par l'équipe de Peter Palese, à New York, a montré sur des cobayes que le virus de la grippe se transmet beaucoup mieux par temps froid et sec.

À cela s'ajoutent nos habitudes. On aère moins, on se regroupe dans des pièces chauffées, les enfants partagent salles de classe et cantines. Les fêtes de fin d'année rassemblent ensuite plusieurs générations autour de la même table. Pour un virus, c'est le terrain rêvé.

Les gestes qui protègent vraiment

Le bonnet et l'écharpe ne sont pas inutiles, à condition de bien les porter. Couvrir son nez par grand froid limite sa baisse de température, et avec elle la perte de ses défenses. Garder les pieds au chaud et au sec va dans le même sens.

Le reste relève du bon sens. Ouvrir les fenêtres dix minutes par jour, même en hiver, renouvelle l'air chargé de virus. Se laver souvent les mains reste le geste le plus efficace contre les rhumes transmis par les surfaces. Enfin, pour les personnes âgées ou fragiles, la vaccination contre la grippe protège là où l'écharpe ne peut rien. Nos grands-mères n'avaient pas tort de nous couvrir, elles oubliaient juste le savon.